1865

1865


Le Point.fr - Publié le 20/07/2012 à 23:59 - Modifié le 21/07/2012 à 09:16

Après ce duel au revolver, Wild Bill, qui est bien l'ancêtre du président américain, est devenu une légende vivante de l'Ouest.

21 juillet 1865. L'ancêtre de Barack Obama, Wild Bill Hickok, abat son premier homme dans un duel !

 

 

Ces menteurs de westerns laissent croire que les cow-boys passaient leur temps à boire du whisky, à massacrer de l'Indien et à se battre en duel. Foutaise hollywoodienne ! Les garçons vachers du Nouveau Monde se contentent de mener leurs bêtes, de dormir à la belle étoile et de se bourrer de bière à l'étape. Les bagarres sont sans doute fréquentes parmi eux, mais les duels au pistolet très rares. Et quand deux gars en colère s'affrontent, ils évitent de se faire face durant de longues minutes avec un type qui joue de l'harmonica dans un coin. Ils sont cow-boys, mais pas entièrement crétins : quand ils s'envoient des pruneaux, ils offrent leur profil à l'adversaire pour réduire la surface d'exposition.

L'un des plus célèbres duels de l'Ouest oppose Wild Bill Hickok, 28 ans, à son ami Davis Tutt, à Springfield (Missouri), le 21 juillet 1865. Jusque-là, Wild Bill a exercé divers petits boulots : conducteur de chariot, flic dans les bars, éclaireur pour l'armée. Quatre ans plus tôt, il a démontré son adresse au tir et son sens de la justice en défendant des amis dans une bagarre où il tue son premier homme. À l'époque du duel, Hickok gagne sa vie en tant que joueur professionnel. Le 20 juillet, il est justement assis à une table de poker au Old Southern Hotel (à moins que cela ne soit au Lyon House), tandis que Davis observe la partie. Tous deux se connaissent bien, et s'apprécient même, pour avoir souvent joué ensemble. Tutt est lui aussi un bagarreur, et a la réputation d'être un tireur d'élite. Mais ce soir, les deux hommes ne semblent pas les meilleurs amis du monde. Les sourires qu'ils s'adressent ressemblent à ceux de Fillon et de Copé. Pour agacer Wild Bill, Davis prend un malin plaisir à soutenir ses adversaires et leur prête même quelques dollars pour les aider à miser contre lui. Wild Bill ne dit rien. Il conserve son sang-froid. Dans un western, il aurait déjà logé une balle dans la tête de Tutt, sifflé une bière, descendu le shérif, embrassé la prostituée du saloon forcément amoureuse de lui et enfourché son cheval. Dans la vraie vie, il se borne à poursuivre le jeu, d'autant qu'il enchaîne les mains gagnantes. Le voilà à la tête d'un bon paquet de fric, environ 200 dollars.

Provocation

C'est alors que Tutt lui rappelle une dette de 40 dollars, provenant de la vente d'un cheval. Hickok opine et allonge les billets. Mais Tutt n'est pas satisfait, il exige maintenant 35 dollars pour rembourser une dette de jeu. Cette fois-ci, Wild Bill conteste le montant de la somme. Ce n'est pas 35 biftons qu'il doit, mais 25. Ne lui a-t-il pas déjà rendu 10 dollars ? Tutt, qui cherche la bagarre, maintient son exigence. Hickok ne perd pas son calme et propose à son interlocuteur de descendre au rez-de-chaussée pour qu'il puisse récupérer le carnet où il note ses dettes. Un scénariste d'Hollywood qui présenterait un tel scénario se ferait immédiatement lourder. Devant les autres joueurs attentifs à la dispute, Tutt veut jouer au dur. Il s'empare de la montre à gousset que Hickok vient de poser sur la table et lui dit que, pour la récupérer, il devra lâcher 45 dollars, et non plus 35. Suprême humiliation. Une fois de plus, Wild Bill reste stoïque, le laissant quitter la salle avec sa montre. Il se borne à lui faire dire de rapporter l'objet et d'accepter les 25 dollars dus. Sinon, dit-il, "quelque chose va être fait".

Le lendemain matin, les deux hommes se rencontrent par hasard sur la place publique de la ville. Il semble que Tutt porte la montre d'Hickok à son gousset alors que celui-ci l'avait prévenu de ne pas le faire... Avec calme, Wild Bill s'adresse à son ami : "N'importe qui d'autre en ville t'aurait causé des problèmes pour moins que ça, alors que c'est pas la première fois que je t'emprunte de l'argent, et nous n'avons jamais eu de dispute." Pourquoi, à ce moment, Tutt n'accède-t-il pas à sa raisonnable demande ? Mystère. Certains témoins ont évoqué une histoire de femme ou encore un pressant besoin d'argent pour régler une amende.

Tutt s'éloigne vivement d'Hickok. Il n'a jusque-là pas été question de duel. Les deux hommes sont à 120 pas l'un de l'autre. Se sentent-ils mutuellement en danger ? Tutt se retourne et, tout en restant de profil, empoigne son révolver et tire. Wild Bill, qui l'observait, s'est également mis en position et tire au même moment. Les deux balles se croisent sans avoir le temps de se saluer. Celle de Tutt se perd dans le décor. Celle de Hickok pénètre, selon le rapport d'autopsie, dans le côté droit de sa cible, entre la cinquième et la septième côte. L'homme titube. Avec l'air d'un Sarkozy découvrant les résultats du second tour, il lance à ses potes qui regardent la scène : "Mecs, je suis mort." Il fait quelques pas avant de s'écrouler sur le sol. Wild Bill Hickok se retourne vers les mêmes potes pour les prier, pistolet à la main, de ne pas faire de bêtises.

Acquittement

L'affaire ne s'arrête pas là. Le vainqueur du duel doit affronter le tribunal. Le 6 août 1865, Hickok est acquitté pour légitime défense après trois jours de procès. En 1868, un article racontant le duel et attribuant une centaine de victimes à Bill Hickok en fait une légende nationale. En réalité, il n'a été mêlé qu'à trois autres duels dont il est sorti vainqueur. Il devient éclaireur pour l'armée, puis est élu shérif du comté d'Ellis (Texas). En 1873, il se produit même dans le cirque de son ami Buffalo Bill Cody. Sa vie s'achève à 39 ans, à Deadwood, dans le Dakota. Abattu dans le dos ! Cela se passe le 2 août 1876. Il vient de s'asseoir à une table de poker au Number Ten. D'habitude, il prend la précaution de s'installer dos au mur, mais, ce soir-là, il occupe la dernière place libre, dos à la porte arrière du saloon. Il ne voit pas s'approcher un jeune homme nommé Jack McCall qui s'arrête derrière lui pour lui coller froidement une balle dans la tête. Lors de son procès, le jeune assassin invoque une vengeance et échappe ainsi à la corde.

Pour autant, Wild Bill Hickok n'est pas entièrement mort. Il s'est réincarné en effet dans un glorieux descendant. Un homme qui a flingué tous ses adversaires avec le sourire. Le mec le plus cool de la planète : Barack Obama. En 2008, le président des États-Unis a révélé qu'il descendait de Wild Bill Hickok par sa mère.

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