1890

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Le Point.fr - Publié le 27/07/2012 à 00:00 - Modifié le 27/07/2012 à 07:25

Officiellement, il se tire une balle dans la poitrine, mais des Américains le prétendent tué accidentellement par un "cowboy".

27 juillet 1890 : Suicide ou accident ? Van Gogh meurt dans les bras de Théo, une balle dans le buffet !

 

 

Le dimanche 27 juillet 1890, Vincent Van Gogh quitte l'auberge Ravoux où il loge depuis mai avec son matériel de peinture. Il s'installe dans un champ de blé, derrière le château d'Auvers-sur-Oise, puis saisit ses pinceaux. Ce sera sa dernière toile, et bientôt son premier meurtre... Des idées déprimantes tournent follement dans sa tête. Ce matin, Copé lui a glissé que Sarko envisage de se représenter en 2017... Alors, dans sa boîte de peinture, il saisit un vieux revolver. Bang ! Il se tire une balle dans la poitrine, du côté gauche. Le maladroit ne réussit même pas à la ficher dans le coeur. Artiste raté, tireur raté ! Pas la peine d'insister, claudiquant et pissant le sang, il retourne à l'auberge Ravoux. Si son frère Théo apprend ça, il va être furax. C'est que le peintre n'en est pas à sa première tentative de suicide. C'est un abonné, comme Loana... Voilà dix ans qu'il vit aux crochets de Théo, qui vient d'avoir un môme et est sur le point de perdre son travail. C'est pourquoi il a voulu disparaître. Sur le chemin de l'auberge, Vincent est tombé au moins à trois reprises. Et, à chaque fois, il s'est relevé. Un dernier effort, il monte directement dans sa chambre mansardée, sans piper mot sur son état à qui que ce soit. Il s'affale sur son lit, attendant la délivrance.

Arthur Ravoux, patron de l'auberge, remarque bien sa drôle de dégaine lorsqu'il rentre dans l'après-midi, mais ne s'inquiète pas outre mesure. On connaît les bizarreries du bonhomme. Au dîner, ne voyant pas Van Gogh descendre de sa chambre, l'aubergiste monte voir si tout va bien. Il le trouve allongé sur son lit, dans un sale état. Il se précipite, veut savoir ce qui s'est passé. Le peintre ouvre son veston et découvre sa chemise ensanglantée. "J'ai voulu me tuer, je me suis raté", souffle-t-il. Ravoux appelle à l'aide le médecin du village, le docteur Mazery, et le docteur Gachet, qui veille personnellement sur le peintre à la demande de Théo. Devant le carnage, les deux toubibs restent désarmés. Au pire, Mazery n'a été confronté qu'à des accouchements ; quant à Gachet, un bistouri lui est aussi étranger qu'une montre Kelton à Jacques Séguéla. Le seul diagnostic qu'ils parviennent à faire, c'est que Van Gogh n'est pas encore mort parce que la balle n'a touché aucun organe vital et qu'il n'a pas perdu trop de sang.

"Encore raté !"

Les deux médecins estiment encore que la balle doit être fichée pas trop loin de la colonne vertébrale et qu'opérer dans ces conditions serait trop dangereux. Bref, faute du Samu auprès de qui se débarrasser du blessé, ils se bornent à poser un pansement sommaire et à patienter. Le peintre réclame sa pipe, que Gachet lui bourre obligeamment. Tant qu'elle ne casse pas... Gachet demande à Vincent l'adresse personnelle de son frère Théo à Paris pour pouvoir le prévenir immédiatement. Refus. Van Gogh ne veut pas l'inquiéter. Ce n'est donc que le lendemain de la tentative de suicide que le frérot débarque enfin à Auvers. Quand il pénètre dans la chambre de Vincent, celui-ci lui jette, dans un souffle : "Encore raté !" Il est malheureux de l'avoir dérangé une fois de plus pour rien.

Théo fond en larmes en s'agenouillant près du lit. Curieusement, lui non plus ne retourne pas ciel et terre pour qu'on transfère d'urgence le frérot vers des mains plus compétentes. Il doit croire naïvement que son frère va s'en tirer comme d'habitude. Pourtant, en fin de journée, l'état de Vincent se dégrade fortement. Théo s'inquiète. Il faut appeler d'autres médecins, tenter quelque chose. Vincent refuse en continuant à tirer sur sa pipe dans cette misérable chambre où il fait une chaleur à crever. Contrairement à ses précédentes tentatives, Van Gogh reste d'un calme olympien, conscient, pas de torpeur, de délires ou d'absences. Dans la soirée, les choses se gâtent, Vincent respire mal, suffoque. Théo le serre dans ses bras lorsqu'il halète une dernière fois avant de s'éteindre définitivement, le 29 juillet 1890 à 1 h 30 du matin.

"Hallucinations auditives et visuelles"

Mort d'un immense artiste. Mort d'un grand malade. Van Gogh n'a cessé de naviguer entre génie et folie. Il enchaîne les épisodes psychotiques et les accès de délire, surtout durant ses dernières années, l'absinthe n'arrangeant rien. Il y a cette fameuse oreille qu'il s'est tranchée avec une lame de rasoir un soir de Noël à la Maison jaune d'Arles après une violente dispute avec son ami Gauguin. Un trophée qu'il offre à une prostituée. Joyeux Noël ! Bilan : plusieurs mois d'hôpital et un an à l'asile Saint-Rémy. Le registre de l'établissement signale que Vincent Van Gogh souffre d'"hallucinations auditives et visuelles". Pendant les crises, "il est sujet à des attaques de terreur" et a même "tenté de s'empoisonner en avalant de la peinture". Tout juste sorti de l'asile, il s'installe, le 16 mai 1890, à Auvers-sur-Oise, sur les conseils de son frère. Celui-ci y possède, en effet, un ami, le docteur Gachet, amateur de peinture, qui pourra veiller sur Vincent.

Van Gogh se remet rapidement, il n'a jamais été aussi productif, peignant une toile par jour. Une renaissance ! Gachet l'estime complètement guéri. Pourtant, Van Gogh se sent désespérément seul. Il comptait sur son frère et sa petite famille pour venir passer l'été avec lui. Mais Théo ne vient pas, car son fils, nommé comme son frère Vincent Willem Van Gogh, a été bien malade. Grosse Déception du peintre. Sans compter qu'il craint que son "petit homonyme", comme il l'appelle, ne meure comme son frère aîné - qui, lui aussi, se prénommait Vincent Willem - a disparu un an avant sa naissance. C'est le vide, l'angoisse. Vincent Van Gogh travaille d'arrache-pied, créé des chefs-d'oeuvre comme Les chaumes du Gré à Chaponval, Le paysage avec meule de paille ou encore La rue à Auvers, mais cela ne suffit plus à l'apaiser. Le 27 juillet, avec une arme qu'il s'est procurée on ne sait trop comment, il décide une nouvelle fois de se suicider. De se suicider ? Tout le monde n'est pas d'accord avec cette théorie, notamment deux biographes américains qui, en 2011, affirment que Van Gogh aurait été tué accidentellement par deux frères - Gaston et René Secrétan - qui jouaient aux cowboys avec une vraie arme subtilisée dans l'auberge Ravoux. Ils en auraient menacé Van Gogh, leur souffre-douleur, et le coup serait parti, touchant le peintre à la poitrine. Pour protéger ces deux idiots, Van Gogh ne les aurait pas dénoncés. Après tout ne lui ont-ils pas rendu service, lui qui est devenu un fardeau pour Théo, son petit frère chéri ? Faut-il croire à cette version ?

Quoi qu'il en soit, Théo trouve dans la poche de son frère mort une lettre qui lui est adressée. Inachevée. Elle commence par les mêmes mots que la précédente qu'il a reçue, comme un brouillon d'adieux, comme si son frère avait songé à se supprimer puis avait renoncé et en avait recommencé une autre avec le même début et glissé celle-là dans sa poche. Vincent Van Gogh meurt à seulement 37 ans en n'ayant vendu qu'un seul tableau de son vivant, La vigne rouge. L'auberge Ravoux est en deuil, le docteur Gachet dessine le visage de Van Gogh mort. Les obsèques sont prévues pour le lendemain. Le curé d'Auvers, qui veut fayoter Dieu, s'oppose à l'utilisation du corbillard pour un suicidé. Heureusement, la municipalité voisine de Méry prête le sien. Faute de pasteur à Auvers et avec le curé qui continue à faire de la résistance, l'enterrement est forcément civil. Théo hérite des tableaux de son frère sans aucune valeur, avant de mourir lui-même, six mois plus tard, fou comme son frangin. Les deux frères gisent désormais côte à côte, dans le cimetière d'Auvers. C'est la veuve de Théo, Johanna Bonger, qui s'évertue à faire connaître l'oeuvre de Van Gogh au monde.

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