1955

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30 septembre 1955. Révélation : c'est Donald qui tue James Dean en lui coupant la route. Coin-coin !

Le Point.fr - Publié le 29/09/2012 à 23:59 - Modifié le 30/09/2012 à 10:12

Sitôt le tournage de "Géant" achevé, Jimmy saute dans sa Porsche pour participer à une course. Un étudiant nommé Donald ne la voit pas. Boum !

30 septembre 1955. Révélation : c'est Donald qui tue James Dean en lui coupant la route. Coin-coin !

 

Le vendredi 30 septembre 1955, James Dean file au volant de sa Porsche 550 Spyder, cheveux au vent, heureux comme un pape. Il se rend à Salinas pour participer à une course de voitures programmée le lendemain. Voilà des semaines que ce fondu de vitesse attend avec impatience le clap de fin de Géant, avec Elizabeth Taylor et Rock Hudson, pour prendre le volant de son bolide ! Son mécano, Rolf Wutherich, est assis à ses côtés, il savoure chaque mètre de la route 466, interminable sous la lumière du crépuscule. Depuis seize mois, le compte-tours de sa carrière est bloqué au maximum : il vient d'enchaîner À l'est d'Eden, La fureur de vivre et Géant. Bien que seul le premier soit déjà sur grand écran aux États-Unis, le voilà désormais sacré star, héros des teen-agers. Justin Bieber en est même éclipsé.

Mais à la seconde présente, filant sur le bitume, Jimmy n'en a plus rien à cirer du cinéma. Il prend son pied à écouter le rugissement du moteur. Soudain, le metteur en scène à grande barbe planqué au-dessus des nuages hurle : "Coupez !" À 17 h 45, aux abords de la petite ville de Cholame, il aperçoit un véhicule Ford noir et blanc roulant à sa rencontre. "Celui-là, il a intérêt à nous voir !" jette l'acteur à son mécano, comme pour conjurer le sort. La Ford bicolore est conduite par l'étudiant de 23 ans Donald Turnupseed.

Subitement, Donald braque à gauche pour tourner dans la départementale 41. Minnie ferme les yeux. James Dean a le coeur qui lui monte dans la bouche. Mais qu'est-ce qu'il fout, ce débile ? Il est aveugle ? L'acteur tente une ultime manoeuvre de pilote de course pour éviter la voiture qui lui coupe la route. Trop tard ! Sa Porsche heurte de plein fouet la voiture de Turnupseed, ce qui la fait décoller du sol avant de retomber dans un fracas épouvantable. Le choc éjecte du cockpit Rolf, qui s'écrase sur le bitume, la mâchoire brisée et la jambe cassée. Le conducteur de la Ford s'en tire avec seulement des contusions. Il sort de la Ford en gueulant : "Je ne l'ai pas vu ! Je ne l'ai pas vu !" La Porsche n'est plus qu'un cercueil de ferraille emprisonnant la star de 24 ans, fauchée en pleine gloire. Frédéric Mitterrand est déjà à sa table de travail avec son dictionnaire d'adjectifs grandiloquents. Jimmy a les pieds coincés dans les pédales de frein et d'embrayage. Son thorax et son crâne sont enfoncés, son cou brisé. Ironie du sort, deux semaines plus tôt il tournait un spot publicitaire pour la sécurité routière. "Soyez prudent sur la route, la vie que vous sauverez sera peut-être la mienne, disait-il. Donald Turnupseed n'aura pas eu le temps de le voir.

Propulsé au firmament des stars

Depuis la mort de sa mère en 1940, alors qu'il n'est âgé que de neuf ans, le petit Jimmy Dean a la rage au ventre, il ne rêve plus que d'une chose : réussir tout ce qu'il entreprend. Son père ne pouvant pas l'élever, il est envoyé chez son oncle et sa tante. À l'école, il se passionne très tôt pour le théâtre et, lorsqu'il retourne vivre avec son père à 18 ans, il décide d'en faire son métier. Colère du paternel. Jimmy se tire pour s'installer chez son pote William Bast. Il vit alors d'expédients (traduction pour Mireille Mathieu : de petits boulots), prend des cours... En décembre 1950, il tourne une pub pour Pepsi. Il s'accroche à son rêve, écume tous les castings possibles, tourne dans un tas de séries télé, joue dans des pièces de théâtre, jusqu'en 1954, quand il est repéré à Broadway dans L'Immoraliste d'André Gide par le grand Elia Kazan en personne !

Le cinéaste lui offre le rôle de Cal Trask dans À l'est d'Eden, d'après John Steinbeck. À la sortie du film, l'inconnu James Dean est immédiatement propulsé au firmament des stars. Dès lors, on lui prête d'innombrables aventures avec le Tout-Hollywood, aussi bien avec des hommes qu'avec des femmes : son ami William Bast, Rogers Brackett, Liz Sheridan, Geraldine Page, Pier Angeli et... Ursula Andress, encore inconnue. Homo, hétéro ? Bi, en réalité. Une vraie star, quoi. Le voilà submergé de propositions de films, alors qu'il est déjà en train de tourner un second film avec Nicholas Ray, La fureur de vivre, promis au carton. Il s'offre sa première Porsche, une 356 Speedster, avec laquelle il s'amuse comme un petit fou à semer les flics dans les rues de Los Angeles. Il commence à participer à des courses automobiles, qu'il gagne ! Pas le temps de s'endormir au volant, il enchaîne illico avec Géant, de George Stevens.

Le contrat signé avec la Warner stipule que, pendant toute la durée du tournage, il lui est formellement interdit de participer à des courses de voitures. Imaginons que ce cinglé du volant se tue avant de finir le film, ils seraient bien emmerdés. Alors niet ! Régime sec, pas de bagnole jusqu'à la fin ! Comme si on obligeait Depardieu à ne plus toucher à une bouteille d'alcool ! Une torture pour lui. D'autant qu'il ne peut sacquer personne sur le tournage, hormis Liz Taylor. Surtout pas Rock Hudson (voir éphéméride du 25 juillet), avec sa gueule de jeune premier. Géant, c'est le bagne. Alors, quand le tournage se termine, il ne pense qu'à s'enfuir pour retrouver l'ambiance des circuits.

En route vers la gloire...

Le 30 septembre 1955, après une nuit blanche, il court récupérer son dernier joujou : une Porsche 550 Spyder, acquise une dizaine de jours plus tôt chez Competition Motors. Sa Porsche Speedster ne lui suffit plus, maintenant qu'il est passé professionnel. Cette nouvelle bagnole est un véritable avion de chasse de 110 chevaux atteignant 220 kilomètres à l'heure. Que du bonheur. François Fillon le félicite. En prime, la caisse a de la gueule, avec sa robe gris argent et le numéro 130 - le numéro fétiche de l'acteur - peint en noir sur le capot et les portières. Dean l'a baptisée "Little Bastard", la petite garce. Si, avec cette bombe, il ne remporte pas la course de Salinas ce week-end, c'est qu'il ferait bien de retourner s'entraîner à faire des courses insouciantes avec son blouson rouge sur le plateau de La fureur de vivre.

Initialement, le bolide devait être mis sur un camion jusqu'à Salinas, mais à la dernière minute Dean change d'avis. Les 500 kilomètres entre Los Angeles et le circuit lui permettront de se faire la main avec sa nouvelle monture. Peu après 13 heures, il s'installe dans le cockpit rutilant avec Rolf Wutherich, son mécano. Little Bastard prend la route, suivie par un break Ford où se trouvent son ami le photographe Sanford Roth et Bill Hickman, un autre féru de bolides. Vers 14 h 30, ils s'arrêtent pour avaler un café et quelques donuts dans un snack. La bonne humeur règne, le temps est superbe. Sanford, armé de son Nikon, mitraille son ami. Du flair ?

Jusque-là, Dean roulait pépère, mais maintenant, fini de rigoler. Il veut voir ce que sa caisse a dans les tripes. Le compteur s'affole. À 15 h 30, il se fait pincer par les flics de Grapevine pour excès de vitesse. Il signe sa contravention, un dernier autographe... Après une dernière halte vers 17 heures pour boire un Coca dans une station-service, James Dean colle le pied au plancher. Le break de ses amis disparaît dans son rétro. En route vers la gloire, il se voit déjà à l'arrivée de la course de Salinas : "And the winner is... James Dean." Il met la gomme. Il se croit invincible. Le con.

"Vivre vite, mourir jeune et faire un beau cadavre"

À 17 h 45, c'est donc la collision fatale, la fin du rêve de James Dean. "Je ne l'ai pas vu ! Je ne l'ai pas vu !" répète cet imbécile de Donald Turnupseed, qui vient de lui barrer la route. C'est vrai, Dean roulait vite, tous phares éteints, sa voiture était basse. Dans la lumière du crépuscule, la peinture métallisée a dû se fondre dans l'horizon, invisible. Le compteur de la Porsche, cassé, indique 170 km/h... L' étudiant est dévasté, il vient de tuer un homme, et pas n'importe qui. Toute sa vie, il craindra des représailles de fans.

Quand Jack Warner, des studios Warner, apprend la nouvelle, il se décompose. Pas que son poulain lui manque déjà, mais surtout parce qu'il possède deux films avec James Dean sur ses étagères, dont un, La fureur de vivre, avec cette fameuse scène de la course de bagnoles, absurde, justement, censé sortir dans quelques jours. Il se demande bien qui voudra se rendre au cinéma pour regarder un cadavre. Pourtant, le film fait un carton, donnant naissance à un mythe planétaire. James devient le héros rebelle aux cheveux ébouriffés, en tee-shirt blanc et en blue-jeans, l'éternelle cigarette posée nonchalamment au coin des lèvres, l'icône de toute la jeunesse des années 50 en plein désarroi. Il est même nommé deux fois aux Oscars à titre posthume, un record, pour À l'est d'Eden et Géant, sortis un an après sa mort. Ne disait-il pas lui-même "Vivre vite, mourir jeune et faire un beau cadavre" ? Voilà qui est fait. Après sa mort, les lettres de fans arrivent par milliers chez Warner Bros Studios, et, pendant quelques années encore, des fan-clubs se créent à travers le monde, sa pierre tombale est volée à plusieurs reprises. James Dean reste un des acteurs qui rapportent le plus d'argent avec ses droits dérivés.

Quant à Little Bastard, qu'est-elle devenue ? Un fan de l'acteur la rachète après l'accident et ne connaît que des déboires avec elle : des blessés, des incendies, des accidents et même encore un mort... Jusqu'à ce jour de 1959 où, après une dernière exposition dans le cadre de la prévention routière, elle se brise sans raison en onze morceaux. Pour s'en débarrasser, son propriétaire l'expédie à Los Angeles. Mais la Porsche n'y parvient jamais, disparaissant mystérieusement de son conteneur durant le transport. Personne ne l'a jamais revue depuis... Little Bastard !

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