1492

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Rodrigo de Triana est le premier à crier "Terre !". Pour ne pas lui payer la récompense promise, Colomb dit l'avoir vue avant lui.

Gravure représentant l'expédition de La Santa Maria, La Pinta et la Nina.

Gravure représentant l'expédition de La Santa Maria, La Pinta et la Nina. © DR

 
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    Depuis le départ des Canaries le 6 septembre, les marins de la Santa María, la Pinta et la Niña affrontent l'inconnue avec moult angoisses. Que d'eau ! Que d'eau ! Et toujours pas la moindre terre en vue. Début octobre, ils sont au bord de la mutinerie. Christophe Colomb est bien obligé de remarquer les conciliabules à bord de la Santa María. La tension monte au point qu'il passe un coup de fil à François Hollande, qui, lui aussi, a bien du mal à mener sa barque. Le 10 octobre, Colomb demande aux deux autres navires de s'approcher à portée de voix.

Les frères Pinzón, qui commandent les deux autres navires, parviennent à désamorcer la mauvaise humeur des équipages avec des plaisanteries. Du coup, les marins acceptent de patienter encore quelques jours avant de faire demi-tour. Pour détendre l'atmosphère, Renaud empoigne sa guitare. Et chacun de reprendre en choeur : "Ce n'est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme." Le 11 octobre, du varech entoure les caravelles. La terre est forcément proche. Voici maintenant un bâton couvert de limaçons et une branche. Colomb exulte. Le Japon n'est plus loin. Pour encourager les hommes, il promet une fortune au premier d'entre eux qui signalera la terre : 10 000 maravédis sur la part de la reine et un de ses pourpoints en soie. Le crépuscule tombe sur les trois caravelles. Un vol de perroquets fend le ciel.

Mesquinerie stupéfiante

Le 12 octobre 1492, à 2 heures du matin, un cri fait surgir tous les marins de la Pinta sur le pont. "Terre ! Terre !" C'est Juan Rodríguez Bermejo (connu aussi sous le nom de Rodrigo de Triana) qui hurle de joie depuis la hune. Instantanément, tout l'équipage cherche à deviner la côte dans l'obscurité. Le capitaine de la Pinta, Martin Alonzo, demande à l'homme de barre de se rapprocher de la Santa María pour avertir l'amiral. Bientôt, chacun peut voir la côte sombre se dessiner sous les rayons de la lune. Il faut jeter l'ancre pour éviter l'échouage.

Au petit matin, les deux frères Pinzón montent à bord de la Santa María pour se concerter avec Colomb. C'est alors que ce dernier manifeste une mesquinerie stupéfiante, impardonnable. Quand Martin Alonzo Pinzón lui dit que la récompense promise est due à Rodrigo, l'amiral jette : "C'est moi qui ai vu la terre le premier. C'était hier soir, vers 22 heures." Stupeur. Incrédulité. "Dans la nuit, j'ai distingué une minuscule lueur, comme une chandelle. Deux hommes étaient avec moi." Ceux-ci - un de ses proches et son maître d'hôtel - s'empressent de confirmer ses dires. Les deux frères Pinzón se regardent atterrés. Hier soir, à 22 heures, les caravelles étaient bien trop loin de la côte pour qu'on puisse distinguer la terre. Ce qu'a dû voir Colomb, c'est le reflet d'une étoile sur les flots. Mais impossible de contredire l'amiral. Rodrigo de Triana est volé de sa découverte par Christophe Colomb !

Ange de la mort

On s'est beaucoup interrogé sur ce Rodrigo. Certains le prétendent d'origine juive, né dans le quartier de Triana à Séville. D'autres affirment qu'il est le fils d'un Maure, musulman puis converti au catholicisme. D'autres précisent encore qu'en 1525 il participe à une expédition dans les Moluques en tant que capitaine sous les ordres de García Jofre de Loaísa et qu'il meurt en Afrique du Nord converti à l'islam. Quoi qu'il en soit, musulman, juif ou chrétien, il s'est fait voler par Colomb. Mais ce fameux 12 octobre, il n'a pas le temps de se lamenter, car il est déjà à la manoeuvre pour se rapprocher de cette terre verdoyante. Est-ce la Chine ou l'Inde, se demande l'amiral, rêvant d'or ? En attendant de le savoir, les marins tombent à genoux devant l'amiral pour se faire pardonner d'avoir douté. Bientôt, Colomb et les frères Pinzón débarquent sur l'île en compagnie d'un notaire pour en prendre officiellement possession au nom du roi d'Espagne. Ils la baptisent San Salvador. Une poignée d'indigènes nus et d'allure pacifique, ne se doutant nullement qu'ils sont devenus sujets espagnols, s'approchent avec curiosité. Mais quels sont ces drôles de zèbres enfermés dans du métal et portant un buisson sur le visage ?

Ils sont très loin de se douter que ces étrangers si rigolos ne leur apportent que la maladie et la mort. Pour les millions d'Indiens peuplant les Amériques, Christophe Colomb n'est pas le fier explorateur, mais l'ange de la mort. En attendant de le découvrir, les naturels de l'île de San Salvador lui offrent du coton et des perroquets en guise de cadeaux de bienvenue. On essaie de se parler par geste, car l'interprète de Colomb est incapable de les comprendre. Colomb explique qu'il cherche de l'or et croit comprendre des indigènes qu'il y en a sur une île plus au sud, habitée par des anthropophages. Quelques jours plus tard, les Espagnols lèvent l'ancre pour finalement aborder à Cuba le 28 octobre, où Colomb se croit toujours au Japon. Et dire que, cinq siècles plus tard, l'île de San Salvador accueille un club Med avec sa flopée d'obèses américains. Colomb a bien fait de se décarcasser...

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