1492

1492

 

 

Il ne trouve ni caravelle ni marins pour l'accompagner. Heureusement, un armateur d'origine berbère de Palos se jette à l'eau.

3 août 1492. Sans un Basque et des armateurs berbères, Colomb n'aurait jamais découvert l'Amérique.

 

 

Le 3 août 1492, Christophe Colomb fait la plus grande connerie de sa vie. Il lève l'ancre pour chercher une nouvelle route vers les Indes et trouve... l'Amérique ! Pense-t-on au nombre d'emmerdes que le monde aurait pu éviter si, ce matin-là, l'amiral s'était cassé la jambe ? Ce n'est pas le cas. Au contraire, c'est l'âme exaltée qu'il s'élance vers l'ouest. Sur la première page de son journal de bord, il note : "En cette année 1492, après que Vos Altesses eurent mis fin à la guerre contre les Maures en la très grande cité de Grenade, elles pensèrent, comme ennemies de la secte de Mahomet, m'envoyer aux Indes. Elles m'ordonnèrent d'emprunter la route de l'ouest, m'anoblirent et décidèrent que je serai grand amiral de la flotte océane et vice-roi des terres découvertes et à découvrir. Je quittai le port de Palos."

À Palos (aujourd'hui, Hueva), l'amiral n'est pas accueilli à bras ouverts par ses habitants qui ne comprennent pas pourquoi le roi leur demande d'aider ce rital fêlé de la cafetière qui cherche l'Inde à l'ouest. C'est aussi idiot que de chercher le bureau de Ségolène à l'Assemblée nationale. En effet, l'arrêté royal signé par les deux souverains espagnols demande à Palos de lui faciliter la tâche: "Il est enjoint à la municipalité du port de Palos de procurer à l'amiral Colomb deux caravelles, de les mettre en état et de les armer." Inutile de dire que la ville ne se décarcasse pas pour donner ses plus beaux navires à Colomb. Celui-ci se retrouve avec deux vieilles caravelles à peine en état de naviguer. Quant à trouver des volontaires pour embarquer, c'est mission impossible. Colomb a beau dresser sur le quai une table couverte de pièces d'or et promettre un salaire plus élevé que le minimum syndical, aucun marin ne se présente. Suivre cet Italien vers l'ouest serait un suicide. Autant se flinguer immédiatement. Patientant des journées entières derrière sa table, l'amiral a une pensée émue pour Bayrou.

Un an de vivres

Miracle, un beau jour, Colomb reçoit la visite de Martin Alonso Pinzón, le chef de la principale famille d'armateur de Palos, d'origine berbère. L'homme a bien réfléchi, il se dit que, si Colomb a raison en cherchant les Indes à l'ouest, c'est la fortune assurée. Il décide de tenter le coup en lui proposant une association. Dès lors, c'est du gâteau, Pinzón fournit deux caravelles de belle allure à place des deux épaves fournies par la cité et convainc un capitaine basque, Jean de La Cosa, de participer à l'expédition avec son navire, la Santa-María, déjà armé d'un équipage. Dès lors, les marins de Palos se précipitent pour se faire enrôler.

Colomb prend le commandement de la Santa-María (Juan de La Cosa est son second), qui est la plus grande des trois nefs avec 35 mètres de long sur 8 de large. Il ne s'agit pas d'une caravelle, mais d'une caraque, un navire plus robuste, mais moins rapide. Elle jauge 233 tonneaux et emporte 39 hommes d'équipage. Vincent-Yanès Pinzón commande la Niña, d'une dimension plus modeste et aux voiles latines (triangulaires) : 21,44 sur 6,44 m, 105 tonneaux et 20 hommes d'équipage. Enfin, son frère Martin-Alonzo Pinzón dirige la Pinta : 15 et 23 m de long sur 6 mètres de large, 110 tonneaux et 20 hommes. Aux marins, il faut ajouter les officiers, un notaire, un interprète, un contrôleur royal, un médecin, un archiviste, un officier de justice en chef et des familiers de Colomb. Au total, 87 hommes prêts à affronter l'inconnu. Colomb embarque un an de vivres basés sur une ration quotidienne d'une livre de biscuit et de 300 grammes de viande boucanée ou de poisson séché. Il prévoit encore des légumes secs, du fromage, de l'huile, du vinaigre et des oignons réputés combattre le scorbut. Pour boire, il embarque deux litres de vin par jour et par homme, et environ un demi-litre d'eau par repas.

"Au nom de Dieu, larguez !"

Le vendredi 3 août à l'aube, tous les habitants de Palos sont rassemblés sur le port pour assister au départ des trois caravelles ancrées au-delà de la barre de sable. L'atmosphère est recueillie, chaque habitant de la cité possède un père, un époux, un proche à bord des trois navires. Et chacun sait que beaucoup de marins ne reviendront jamais. La veille, c'était la fête de la Vierge des miracles, tous les villageois et marins se sont retrouvés dans l'église pour prier à voix haute. Sur le quai, ils continuent de prier dans un bourdonnement incessant. Aux premiers rayons de soleil jaillissant de l'horizon, l'amiral s'écrie avec émotion : "Au nom de Dieu, larguez !" À bord des caravelles, les officiers crient les instructions. Les voiles blanches sont hissées. Les femmes lancent leurs dernières recommandations à leurs maris, leurs fils, leurs frères. "Surtout, rapportez-nous des iPad de Singapour, ils y sont moins chers !" Les trois navires s'éloignent pendant que les marins chantent le Salve Regina.

Christophe Colomb, très ému, se tient sur le château arrière de la Santa-María, dans son costume d'amiral doublé de fourrure grenat. Cap sur les îles Canaries pour chercher les alizés soufflant vers l'ouest. Pour naviguer, le capitaine italien, qui ne fait pas confiance au GPS, dispose d'un compas, qui est une boussole dotée d'une rose des vents graduée. La vitesse du navire est mesurée avec la méthode du loch. Les marins jettent à l'eau une planche suffisamment lestée pour qu'elle reste sur place et qui est reliée au navire par une ligne dotée de noeuds régulièrement espacés. Il suffit de compter le nombre de noeuds défilant durant l'écoulement d'un sablier de 30 secondes pour connaître la vitesse. Les noeuds sont espacés d'une telle façon que chacun d'entre eux correspond à un mille par heure. Le marin qui compte 5 noeuds durant 30 secondes sait ainsi que le navire file à 5 milles par heure. La latitude (c'est-à-dire la position entre les pôles et l'équateur) se calcule grâce à la hauteur du soleil sur l'horizon, à midi. En revanche, la longitude (position est-ouest) est impossible à connaître faute, à l'époque, de montre précise.

Le lundi 6 août, première avarie sérieuse : le gouvernail de la Pinta se détache. Heureusement, le temps est beau, ce qui permet de réparer immédiatement. Il casse de nouveau le lendemain. Les trois navires parviennent néanmoins à rallier les Canaries. La Pinta se rend dans la Grande Canarie pour réparer. On en profite pour changer le gréement à voiles de la Niña pour un autre à voiles rectangulaires, plus rapides. Les deux frères Pinzón proposent à Colomb de faire escale à La Gomera, île gouvernée par leurs cousins les Gomeros, où ils sont accueillis le 11 août par Doña Beatriz de Bobadilla (ou de Bouabdallah). Les trois caravelles sont chargées de fruits et d'animaux vivants. Quelques volontaires dans la famille des Gomeros se joignent à l'expédition. Le 6 septembre, voilà l'escadre de l'amiral Colomb qui effectue le véritable départ pour l'inconnu. Cap à l'ouest, le long du 28e parallèle. Sur le pont de la Santa-María, un individu au strabisme prononcé entame le célèbre hymne des marins : "L'Amérique, l'Amérique, je veux l'avoir, je l'aurai..." Le 12 octobre, après deux mutineries et cinq semaines de navigation, Colomb et ses hommes découvrent les Bahamas. Le début des emmerdes...

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