1580

 

Le Point.fr - Publié le 26/09/2012 à 00:00 - Modifié le 26/09/2012 à 09:35

Après avoir pillé l'or espagnol du Nouveau Monde et fait un tour du monde, le marin britannique est accueilli comme un héros.

26 septembre 1580. Francis Drake boucle le deuxième tour du monde avec les cales bourrées d'or espagnol.

 

Après un tour du monde de deux ans et dix mois, le corsaire Francis Drake, 38 ans, est de retour à Plymouth. Pas trop tôt ! Il va pouvoir enfin découvrir les photos de Kate topless, se bourrer de fish and chips et regarder Elton John à la télé. Il est accueilli en héros. Son navire, le Golden Hind, est le deuxième à boucler un tour du monde après celui d'Elcano, le compagnon de Magellan - qui prit le commandement de l'expédition après la mort de ce dernier. À bord, les 59 marins et officiers rescapés sur les 164 hommes embarqués au départ poussent une immense clameur de soulagement. Ils sont de retour, ils sont riches, ils sont des héros. God Save Francis Drake, leur capitaine. Ce type-là est l'un des plus grands marins de tous les temps. Trois ans plus tôt, la reine l'avait envoyé, en douce, razzier les richesses espagnoles du Nouveau Monde. Le bougre s'est goinfré autant qu'un patron du CAC 40. Il n'était pas prévu qu'il effectue un tour de la planète, mais, après avoir pillé la côte américaine sur le flanc pacifique, il a cherché à revenir en Atlantique par le nord. Faute de trouver un passage, il a carrément plongé vers l'ouest. Si ce Portugais de Magellan a réussi à boucler le grand tour, il n'y a pas de raison qu'un Anglais n'y parvienne pas.

C'est ainsi que le dimanche 25 septembre 1580 Drake et ses hommes sont enfin at home. Deux immenses surprises les attendent : Diana est morte durant leur absence, et ils ont perdu un jour de vie ! Le journal de bord de Drake indique qu'ils sont de retour le dimanche 25 septembre 1580, alors qu'à terre tout le monde prétend être le lundi 26 septembre. Cherchez l'erreur ! Il n'y en a pas, faire le tour du monde d'est en ouest fait gagner un jour sur le calendrier. C'est comme cela. Mais, pour l'instant, une seule chose compte pour nos vaillants marins britanniques : dépoussiérer madame et se noyer la glotte avec une bonne ale.

Un butin de 31 millions d'euros

Le Golden Hind n'est pas revenu les cales vides. Elles sont bourrées jusqu'à la gueule d'or, d'argent, de bijoux, d'ivoire, d'épices dérobés aux Espagnols. Une fortune inouïe. Depuis Madrid, on entend Philippe II d'Espagne hurler comme un putois. Il réclame à la reine d'Angleterre que le pirate lui soit livré avec son butin. Son agent à Londres fait le siège du palais royal. Elizabeth I se marre comme une baleine. Officiellement, elle n'est en rien responsable des agissements du corsaire Drake. En fait, elle lui avait donné des lettres de marque et participé au financement de son expédition. Elle a donc droit à la moitié du butin qu'elle fait mettre dans la Tour de Londres. Drake serait revenu, dit-on, avec une cargaison estimée à 600 000 livres, soit 31 millions d'euros. Rien que la part de la reine est supérieure aux revenus de la couronne cette année-là ! Pour calmer Philippe II d'Espagne, elle lui envoie une petite part du butin par l'intermédiaire de son agent londonien. À noter que celui-ci utilise l'argent pour soutenir la révolte irlandaise. En revanche, la reine rit au nez de l'ambassadeur espagnol quand celui-ci lui rappelle que les mers du Sud sont chasse gardée de l'Espagne en vertu d'une bulle du pape. Le pape ? Elle ne connaît pas ! Les armateurs qui ont financé l'expédition de Drake, eux aussi, touchent le jackpot. Leur retour sur investissement est de 4 700 %. C'est mieux que des actions Facebook.

Anobli par un Français

Pour exprimer sa reconnaissance au grand marin, la reine monte à bord du Golden Hind le 4 avril 1581, dans le port de Deptford, au sud de Londres. Un honneur inouï pour le capitaine. Participe-t-elle réellement à un banquet à bord ? Cela semble en fait relever de la légende. En revanche, elle lui octroie 10 000 livres (environ 500 000 euros) à titre de récompense et l'anoblit. Ou, plutôt, elle le fait anoblir par un Français de passage à la cour d'Angleterre. Il s'agit du marquis de Marchaumont, envoyé à Londres par Catherine de Médicis pour convaincre Elizabeth I d'épouser son quatrième fils, cette teigne de duc d'Anjou. En confiant l'adoubement de Drake à un Français, la souveraine veut éviter de souffler davantage sur la braise espagnole. Ensuite, c'est une façon de faire endosser aux Français une part de responsabilité des futurs agissements du capitaine Drake.

Dans la foulée de sa gloire, sir Francis Drake devient maire de Plymouth en septembre 1581, puis membre du Parlement. Mais bien vite la mer l'appelle à elle. Il retourne piller les ports espagnols d'Amérique. La reine le nomme vice-amiral, et, en tant que tel, il est un des premiers artisans du naufrage de l'Invincible Armada. C'est même lui qui s'empare du navire amiral de la flotte espagnole.


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