1700

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 Impuissant et idiot, Charles II d'Espagne fait du petit-fils de Louis XIV son héritier.

Le Point.fr - Publié le 01/10/2012 à 23:59

Issu de multiples mariages consanguins, rongé par la syphilis, ne sachant ni lire ni écrire, le roi d'Espagne a eu bien du mal à trouver un héritier.

2 octobre 1700. Impuissant et idiot, Charles II d'Espagne fait du petit-fils de Louis XIV son héritier.

 


Le 2 octobre 1700, le roi d'Espagne, Charles II, rédige son testament faisant du petit-fils de Louis XIV son dauphin. C'est-à-dire l'héritier de la couronne espagnole. Quand nous écrivons "il rédige", c'est une façon de parler, car, à 38 ans, le pauvre garçon ne sait toujours ni lire ni écrire. À peine s'il parvient baragouiner quelques mots en français, langue qu'il préfère à l'espagnol. Il ne possède même pas de compte Facebook, c'est dire !

C'est que le souverain de l'empire espagnol, le plus vaste d'Europe, est un idiot. Un taré congénital. En comparaison, le prince Harry fait figure de Prix Nobel. À sa décharge, jamais aucun autre membre d'une famille royale n'a arboré une consanguinité si énorme. À faire pâlir un chihuahua pur race. Les ancêtres de Charles n'ont eu de cesse de s'allier entre cousins, cousines, oncles et nièces. Sa soeur aînée, morte en 1683, est Marie-Thérèse d'Autriche, épouse du Roi-Soleil. Déjà pas une lumière (voir éphéméride du 30 juillet).

L'ensorcelé

À quatre ans, Charles ne parle pas encore. À huit, il se met à marcher péniblement. Il ne comprend pas grand-chose à ce qu'on lui dit, c'est un enfant mélancolique mais gentil. Prognathe et doté d'une langue énorme, il a du mal à s'exprimer. Il est surnommé El Hechizado (l'ensorcelé) car, à cette époque, les troubles mentaux et physiques sont souvent mis sur le compte de la sorcellerie. Cerise sur le gâteau, sa mère lui a transmis la syphilis in utero. Par miracle, Charles est impuissant, donc incapable de faire un enfant à ses deux épouses successives qui ont tout essayé pour lui faire remplir ses devoirs. Y compris lui offrir une formation avec Zahia, habituée à fréquenter de jeunes hommes qui, à trente ans passés, continuent à jouer à la baballe et à s'exprimer par onomatopées. Rien n'y fait.

Bref, il faut lui trouver un héritier parmi les enfants de ses frères et soeurs. Marie-Thérèse d'Autriche étant l'aînée, c'est parmi ses enfants ou petits-enfants qu'il faudrait normalement chercher le dauphin d'Espagne. Mais, dans un premier temps, cette piste est délaissée pour au moins deux raisons. La première, c'est qu'en devenant reine de France Marie-Thérèse a officiellement renoncé à tout droit sur le trône d'Espagne. La deuxième, c'est qu'en Europe personne ne veut d'un jumelage entre les deux royaumes qui donnerait naissance à une trop grosse puissance. Aussi, les régents d'Espagne choisissent-ils comme héritier, avec l'assentiment de l'Angleterre, de la France et des Provinces-Unies (les Pays-Bas), le jeune duc Joseph-Ferdinand de Bavière, prince des Asturies, un petit-cousin. En échange de leur bénédiction, chaque État d'Europe recevrait une part du gâteau espagnol. Mais, à l'idée d'hériter un royaume l'obligeant à manger de la paella chaque jour, celui-ci préfère s'enfuir au ciel en février 1699, à l'âge de 7 ans.

Hallucinations

Il faut donc dénicher un autre héritier. L'empereur germanique, Léopold Ier du Saint-Empire, désigne d'autorité son deuxième fils, l'archiduc Charles d'Autriche, 15 ans. N'oublions pas que la lignée espagnole appartient à la maison des Habsbourg. La plupart des autres pays européens donnent leur accord. Mais le principal conseiller de Charles II ne veut pas de cette solution qui démembrerait l'empire espagnol, aussi fait-il rédiger à Charles II un testament faisant de Philippe, petit-fils de Marie-Thérèse et de Louis XIV, l'héritier de la couronne espagnole.

Voilà donc le jeune duc d'Anjou, 16 ans, condamné à passer le reste de son existence dans un pays notée AA- par l'agence de notation financière Standard & Poor's. Pauvre gamin. Du reste, il a peu de temps pour se faire à l'idée de ce triste destin, puisque Charles II décède le 1er novembre 1700. Dans quel état, mon Dieu ! Depuis 1696, il enchaîne jusqu'à six crises d'épilepsie par jour, et, vers la fin, la fréquence monte jusqu'à vingt-cinq crises quotidiennes. Il est également la proie d'hallucinations faisant apparaître des créatures démoniaques, au point qu'un jour il confond un membre de son entourage avec un loup et le tue.

Royaumes distincts

Le 9 novembre, le testament de Charles II parvient à Fontainebleau où se trouve la cour de France. Dans un premier temps, Louis XIV est plutôt embêté par ce cadeau empoisonné. Il est certain que l'Angleterre et l'Autriche n'apprécieront pas ce mariage entre la France et l'Espagne. Pourtant, le 16 novembre, il finit par accepter la couronne espagnole pour son petit-fils Philippe. Pour calmer le jeu chez les autres souverains européens, il fait annoncer que les deux royaumes resteront distincts. Pour autant, l'empereur Léopold Ier refuse de reconnaître la validité du testament. D'où une interminable guerre de succession qui ne s'achève qu'en 1714 avec la reconnaissance par tous de la légitimité de Philippe V d'Espagne.

Pour autant, cette accession n'a toujours pas fini de faire des vagues, puisque, trois siècles plus tard, la branche espagnole des Bourbons revendique toujours la couronne de France, jugeant son ascendance plus légitime que celle du comte de Paris, qui descend de Philippe d'Orléans, le renégat ayant voté la mort de Louis XVI.

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